Retour

Jacques PENTEL  

                                                              ETHOCITUDE    Par  Louis DARMS

 

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant-propos

 

 

 

 

 

                                                                         « Je crois au hasard exactement comme je vois au hasard,

                                                                 avec obstination constante. C’est même cela qui fait que lorsque

                                                                    je vois, je vois comme personne d’autre. »

                                                                                                                                              (Nicolas de Staël)

 

 

                                                                                  « Que l’on ne sache rien du résultat au commencement

                                                                    d’une oeuvre, que ce soit elle qui nous guide, c’est aussi cela, la

                                                                   peinture. »

                                                                                                                                           (Vincent Ducourant)

 

 

 

 

                                        Talent précoce, vocation tardive : la vie d’artiste de Jacques Pentel fait de lui un jeune peintre.

 Des dizaines d’années le séparent de sa première toile et pourtant, il ne se consacre entièrement à la peinture que depuis 2003.

Auparavant, il se considérait comme un « amateur dans sa tête ». Mais

quel sens doit-on prêter au terme amateur lorsqu’on considère les premières années de travail de

Jacques Pentel? Certainement celui d’un artiste éclairé, aventurier. Les premières recherches ont

déterminé très tôt un style résolument moderne, et non contemporain. La rupture fait partie intégrante

du travail de Pentel, il était inévitable que l’artiste se démarque également de son temps. Sa peinture

est un rejet du présent sans pour autant se complaire dans la nostalgie du passé. Elle fait le lien.

Elle ne le crée pas, puisqu’il existe déjà, mais le porte à l’attention du spectateur. Aux premières marines,

inspirées de la région bretonne et ses traditions encore vives, ont succédé les atmosphères

ethniques et l’art primitif. Cela constitue déjà un pont entre deux époques qui nous semblent curieusement

rapprochées, presque par hasard.

 

Le hasard joue un rôle prépondérant dans l’oeuvre de Jacques Pentel. « Pêcheur de hasard »,

pouvait-on lire dans le journal La Voix du Nord à l’occasion d’une exposition de l’artiste à Arras. Chez

Pentel, il n’y a pas de préparation préalable et la toile n’est pas déterminée dès le départ. Pourtant,

être peintre du hasard ne s’improvise pas. Le travail n’en est que plus long et périlleux. A l’origine du

tableau, les lignes et les cases font progressivement place aux détails, à la figuration, puis à son effacement,

dans le but de transformer la peinture en récit, ou plus exactement, en représentation

d’un récit. Le pêcheur de hasard tient au bout de sa canne les images qui commencent à apparaître.

Il les fait sortir d’une eau particulièrement brumeuse et suit leur évolution à la loupe. C’est ainsi que

naissent la plupart des tableaux de Pentel. Dans cette vision de la peinture, rien d’étonnant à ce que

l’artiste prenne plaisir à manipuler la toile en l’inversant, afin de donner au spectateur une seconde

lecture possible. Il est tout naturel également que Pentel tarde à nommer chacun de ses tableaux et

préfère, au final, un titre obscur et imprécis. L’interprétation et l’émotion du spectateur forment la

dernière part de hasard dans la construction de l’oeuvre : quelle meilleure récompense pour chaque

partie de pêche, si souvent miraculeuse?

 

De 2000 à 2009, Jacques Pentel a travaillé sur la série « ethnocitude ». Très prolifique, cette

période a donné naissance à de nombreuses toiles ainsi qu’à plusieurs créations plastiques, parmi

lesquelles des totems et des stèles. A nouveau, l’ethnocitude constitue un pont. Cependant, il n’est

pas évident d’en distinguer les deux rives au premier regard.

L’ethnocitude est un regard sur l’attitude de l’homme dans la cité, une interrogation sur

l’homme moderne à travers des aspects primitifs de son comportement. Ce néologisme évoque

certes la notion d’étude ethnique mais Jacques Pentel ne cherche pas à appliquer des méthodes

 

 

scientifiques à son travail. L’artiste crée des personnages et des signes autour du concept de cité.

Il puise son inspiration dans le modèle primitif d’une cité pour en tirer une atmosphère, une suggestion.

En l’occurrence, le mot primitif ne doit en aucun cas être rapproché de sa signification coloniale

: au contraire, l’homme primitif que met en scène l’artiste est pur, symbole de sérénité et de

résistance à la corruption. Les guerriers sont danseurs avant d’être militaires. Jacques Pentel

cherche à montrer « le bon côté des choses », ce qui regroupe les hommes. Les fêtes et traditions

sont à l’honneur. En effet, il faut représenter l’humain : l’architecture d’une cité n’est pas intéressante

si ses habitants sont occultés.

 

 

 

« C’est un travail d’inspiration africaine », pense le spectateur lorsqu’il considère pour la première

fois la série ethnocitude. Ce préjugé n’est pas faux mais il n’est pas tout à fait correct. Comme

on l’a dit, il ne s’agit en aucun cas d’une étude scientifique ni d’une représentation historique ou actuelle de l’Afrique.

Pourtant, les inspirations majeures de l’ethnocitude de Jacques Pentel comprennent son voyage au Maroc, ainsi que

 sa documentation sur les tribus Dogon et Masaï. Les populations et cités d’Afrique, ce berceau de l’humanité,

constituent le fil conducteur de l’artiste. Mais le travail reste ambigu. Il n’est pas uniquement question de représenter l’ailleurs. L’ailleurs est

montré en vue de dévoiler l’ici. L’ethnification des personnages est une caricature, non pas des

hommes là-bas mais de nos propres concitoyens. Les sages et les guerriers sont nos prêtres et nos

soldats. Ils sont interchangeables.

 

 

Jacques Pentel, en dépit des apparences, est un artiste témoin de son temps, par le biais

d’une autre époque, quasi-intemporelle, qui nous rappelle qui nous sommes, d’où nous venons, où

nous allons. L’ethnocitude s’intéresse à tous les éléments qui disparaissent de nos sociétés, valeurs

et traditions. En cela, Jacques Pentel nous offre une peinture-mémoire de nos civilisations. A l’heure

de la photographie d’actualité instantanée et omniprésente, l’artiste ne nous fournit pas une représentation immédiate de l’homme.

Il nous invite à une vaste quête, ailleurs, pour mieux nous retrouver ici.

 

 

 

Style artistique

 

 

 

« L’imagerie est là, fragmentée, pour rassurer, pour atténuer le

vertige du hasard. A chacun de la déchiffrer au gré de ses fantasmes. »

(Jacques Pentel)

 

« Jacques Pentel a voulu dépasser le côté anecdotique et figé de

la figuration. Davantage de liberté pour le peintre, davantage de liberté

pour le spectateur. On peut y voir douleur et souffrance, sérénité et joie,

     chacun interprète selon sa sensibilité. »

(Vincent Ducourant)

 

Le style artistique de Jacques Pentel est avant tout identifiable à travers les traits et les couleurs

de sa peinture. Ses tableaux sont le fruit d’une double quête : un besoin de couleur mêlé à un

besoin de lignes et de formes, l’addition de recherches dans la palette et le trait.

 

 

L’influence principale de ce style est la nouvelle école française portée par des peintres tels

que Jean Chevolleau et Marcelle Mouly, chez qui l’organisation est structurée et la palette de couleurs

prononcée. Chez Jacques Pentel, la démarche est particulièrement visible dans les tableaux de la série

Terres du Sud. « Me sentant parfois enfermé dans les lignes, j’éprouve le besoin d’aérer

mon travail, de simplifier la construction en effaçant l’excès de détails ». Dans la série « Fragments

d’histoire », le processus d’effacement vise à exprimer l’usure du temps, l’oubli de la mémoire.

 

 

La force du trait de Jacques Pentel provient sans conteste de l’oeuvre du peintre catalan Antoni

Clavé, qui procédait parfois par collages. Les lignes fortes structurent la masse et séparent les

couleurs : les bleus mystérieux des rouges suffocants, les jaunes brumeux du noir angoissant. Le

trait cerne la couleur pour former un cloisonnement. En cela, il n’est pas sans rappeler le plomb qui

dessine le vitrail avec précision. Cette construction verticale, née de l’influence post-cubiste, structure

davantage l’espace.

 

 

Jacques Pentel tend cependant à s’éloigner d’une peinture trop propre. Les traits sont parfois

griffés pour les rendre moins nets et les lignes éclatent. Leur nécessité dans la construction de l’oeuvre

est contrebalancée par le besoin de s’en affranchir afin de créer l’ambiance du tableau. A l’enfermement

des premières oeuvres succède l’éclatement du cadre, l’étendue du tableau. La palette s’en trouve

modifiée et les couleurs, auparavant enfermées dans des aplats délimités, sont libérées. L’utilisation du couteau

 depuis 2003 et celle, plus rare, du collage, s’inscrivent dans ce travail qui devient jeu avec les formes et les couleurs.

 La matière est travaillée par couches successives de couleurs.

 

La peinture de Jacques Pentel comporte un élément ludique qui renvoie à la notion d’art primitif.

A l’image de Picasso, l’artiste reste enfant et prend plaisir à jouer avec des formes simples,

des représentations géométriques épurées, sans toutefois négliger l’élégance du rendu. La pureté

est souvent recherchée dans les lignes et participe à l’émotion plastique. Dans l’ethnocitude, les

masques et totems symbolisent cette émotion. Le manque de netteté des perspectives et de la profondeur

va également de pair avec la construction verticale des tableaux. Cela provient de la volonté

d’accentuer l’espace littéral de la toile — comme un écran — par une construction verticale plutôt

que de travailler une suggestion illusionniste de la profondeur.

 

Les recherches stylistiques de Jacques Pentel proviennent du désir de se démarquer de la

figuration ou plutôt, d’éviter de s’y enfermer. Mais l’artiste refuse également de s’égarer sans retour

sur le chemin de l’abstrait. Par conséquent, on aurait tort d’étiqueter définitivement le travail de

Jacques Pentel, bien qu’il avoue sa passion pour l’art abstrait, qui « dégage parfois une émotion extraordinaire».

 Sa peinture inclassable, à l’image de l’oeuvre d’Antoni Clavé ou de celle de Ladislas

Kijno, ne doit pas être cataloguée. Elle témoigne tout autant de la nécessité première de la forme

que du besoin ultérieur de l’effacer jusqu’à la limite de l’abstraction. Le but est de donner au spectateur

la possibilité d’interpréter l’oeuvre sans que l’artiste lui ait offert un surplus d’indices.

 

Loin de constituer une hésitation perpétuelle, la peinture de Jacques Pentel cherche, par l’addition

du trait et de la couleur, à faire ressentir un récit que le spectateur est invité à déchiffrer. Les

éléments appartenant à l’art abstrait témoignent de l’intensité de cette invitation : le tableau ne se

contente pas de suggérer la nécessité de son déchiffrement, il contraint le spectateur à l’interrogation

en se présentant ouvertement comme un labyrinthe. Dans chaque lecture, y compris celle de l’artiste,

le dédale sera inédit. C’est précisément en cela que la peinture de Jacques Pentel se rapproche davantage

de l’art primitif que de l’abstrait, puisqu’elle « ose représenter les choses d’une manière peut-être simpliste,

sans détails inutiles mais avec le souci d’une interrogation sur le genre humain ».

 

Les cités

 

 

 

 

Ci-dessus : la porte du sud , 92x73 , 2007

 

 

 

La cité, vue par Jacques Pentel, est toujours synonyme de verticalité. Entourée de remparts et de portes,

elle nous apparaît médiévale, exotique, bien que nos villes aient toujours connu ce mode de construction

protecteur, disparu aujourd’hui. L’artiste se pose en nostalgique des fortifications,de l’isolement de la

 cité face aux pressions du monde extérieur.La notion de cité, telle qu’elle apparaît dans l’ethnocitude,

 fait suite au voyage de Jacques Pentel au Maroc. L’agitation,le commerce, la sortie de la

 Mosquée, l’opulence de la kasbah sont autant d’images qui ont marqué l’artiste

 

 (La cité des pèlerins, Aux portes de la cité).

 

 

  

Zone de Texte:               Rien n’est très différent de nos grandes villes, nées de l’exode rural. De fait, les portes noires, symbole de l’occident, font le lien entre deux formes de civilisation.
.

Zone de Texte:  
Ci-contre : la cité des pèlerins , 100x81  2008
 

 

 

  

 

 

Les citadins vivent dans la crainte de l’isolement et le besoin constant de protection. Le milieu

urbain se définit donc par son effervescence. Le calme effrayant, terrifiant, règne à l’extérieur des

portes de la ville. Malgré son fourmillement, la cité demeure figée aux yeux de Jacques Pentel. Les

remparts blancs, façades du nord de l’Afrique, sont immobiles (Les remparts).

 

Les couleurs chaudes, qui illustrent si bien les terres du sud, semblent parfois enfermer la

toile dans une atmosphère lourde, paralysante (La cité).

 

 

 

 

                                                              


 

                                                                                                             la cité des mirages  81x65  2008

                                                                                                     ci-dessous «  les remparts » 80x80  2005                              

                                                                                                                    

 

                                                           

 

  

 

 

Par opposition de couleurs, Jacques Pentel a inclus, dans ses représentations de la cité, des tons bleus dont la présence vivifiante

apporte quiétude et opulence aux tableaux. Le bleu de Pentel constitue un apport tardif, mais décisif, à l’ethnocitude.

Il apparaît comme une denrée rare dont ne profite pas chaque toile.

Cette couleur symbolise évidemment l’eau, synonyme de richesse (L’or bleu) et de rempart protecteur, à la manière des douves (La cité de la lagune).

 D’aucuns y verront un pont temporel vers nos problématiques écologiques contemporaines (Terres du sud, La cité des mirages).

 

 

                                                                   

 

 

 

                                                                                           « L'esprit de la cite » huile sur toile  100x100, 2009.

 

 Les personnages

 

  « Je ne suis pas peintre : je suis tour à tour guerrier, gardien,sorcier, danseur,    

  conteur... Derrière chacun de nous se cache l’un de ces personnages. »

                                                                                                                                         (Jacques Pentel)

 

 

 

                 Dans l’oeuvre de Jacques Pentel, les personnages sont indissociables des rituels. Souvent

représentés en nombre impair et restreint, ils ne sont que rarement figés. Leurs mouvements, autant

que leurs attributs, permettent de les identifier. Les silhouettes sont souvent élancées, verticales et

les objets qui permettent de les reconnaître sont constitués de formes géométriques simples et

encastrées.Leurs vêtements consistent en de longues traînes, au sommet desquelles jaillit leur coiffe,

toujours présente. Purement imaginaires, les personnages de Pentel font inévitablement référence

aux peuples d’Afrique. Cependant, comme le précise l’artiste, ce sont avant tout des personnages,

ensuite des Africains. Dans les premiers tableaux de l’artiste, les coiffes étaient des mitres. Une fois

encore, tous les éléments sont interchangeables entre deux modes de pensée, deux civilisations.

 

                    

  

 

 

                                                                                                            « légende africaine » h/t   80x80   2010          

           « danse tribale »  h/t    65x54  2003 

 

            

l y a très peu de femmes dans les tableaux de Jacques Pentel. L’artiste n’a pas manqué de s’interroger

sur leur absence, qu’il attribue à son profond respect personnel pour la femme. Peut-être aurait-il des

 craintes à les représenter sans caricaturer leur place peu prépondérante dans plusieurs ethnies d’Afrique.

 Dans la cité où ils évoluent, les hommes sont les remparts. Ils protègent leur milieu urbain mais aussi

leur société, leur civilisation.Plusieurs tableaux représentent ainsi des personnages alors qu’ils devraient

montrer une cité. L’architecture ne serait rien sans l’homme qui l’a construite, ni sans l’organisation de la société

 qui y vit.

 

                                   

 

 

                                           Ci-dessus : La Kasbah, huile sur toile  100x81, 2005.

 

               Les guerriers, proches des danseurs, sont toujours en mouvement. Leurs attributs sont le bouclier et la lance qui les rendent reconnaissables

 grâce à des formes géométriques triangulaires, à l’apparence agressive.  Pourtant, ces hommes d’armes sont avant tout danseurs : leur rôle confère

 davantage au respect des traditions qu’à la défense militaire.

 

 

 

 

                

             Ci-contre : variation à trois, 92x73  2004                      Ci-dessus : Variation à six , 81x65  2004

 

Les gardiens sont les protecteurs de la cité. Ils sont le plus souvent représentés de manière

figée. Ils gardent les portes de la cité (Les gardiens de la cité et La porte du sud, à travers les

signes) mais aussi les âmes (Le passeur des âmes égarées), dans le but, eux aussi, de maintenir

les traditions (Les gardiens de la sagesse).

 

 


 

Dans Le passeur des âmes égarées, le personnage est un prétexte à la construction

verticale du tableau. Il porte le tableau entier dans un mouvement figé vers le haut. Le

gardien élève ainsi l’homme en le protégeant au sein de la cité ou de l’ethnie. Dans

 Les gardiens de la cité, le personnage devient la cité elle-même, sa silhouette

se fond avec l’architecture.

 

  

    

 Le passeur des âmes égarées, 81x65, 2003.

                                                                                            Les gardiens de la cité,́ 73x60, 2007.

                                                                                

 

 

Les conteurs, proches des sages, transmettent la parole. Chez Jacques Pentel, cette transmission

est à rapprocher du terme esprit (L’esprit du lagon). L’important est le récit (Légende africaine),

l’histoire enseignée (Le conteur d’histoires). Les animaux jouent un rôle privilégié dans ces

toiles (Fragments d’histoire, Fragments d’histoire lointaine). Le conteur, contrairement à ce qu’on

pourrait penser, est lui aussi en mouvement (Les nomades du désert). Le tableau Histoire lointaine

illustre le récit d’une transhumance : les ombres sont découpées grâce à une technique d’effacement

et d’ajout de clair sur une surface sombre. Le conteur éclaircit ainsi l’histoire.

 

 

 

           

 

                                                                                                                                    

 légende africaine 73x60  2001                                            histoire lointaine 81x 65  2001

 

                                                                                                            

 

  Les sages, qui peuplent les histoires des conteurs, représentent le sacré. Ni sorciers, ni gourous, ils sont le

reflet du sacré de nos civilisations européennes. Ce parallèle est particulièrement visible dans Variation à six. Ils

sont, eux aussi, des remparts de la cité, dont ils font vivre les traditions (La cité du recueillement, La cité des

dogmes, La cité des pèlerins).

 

Jacques Pentel établit, à travers ses personnages, un nouveau pont entre deux formes decivili-

sation. Pour l’illustrer, il rapproche ses influences ethniques et bretonnes. Il ethnicise,

 en somme, l’art celtique dans le tableau Procession. La représentation ethnique

 n’est cependant pas détaillée. Elle est fondée sur des impressions et engendre des

atmosphères particulières.

                                                                                                                                                                                                                                   .

 

 

                                                                                    

 

       Procession, 65x54, 2006.

                                                                                             

 

                                                                                        

Stèles, totems et ex-voto

 

 

        

Découvrir une autre façon de travailler, tel était le but de Jacques Pentel lorsqu’il s’est éloigné de la surface du tableau

pour s’atteler à d’autres formes de volume et d’espace. Pourquoi cette démarche? Précisément pour se rapprocher de la

sculpture, à laquelle Jacques Pentel s’intéresse depuis le salon de la FIAC de 1986.

On ressent chez l’artiste un besoin de travailler le volume et de quitter la surface plane du tableau, sans doute pour cerner

encore davantage les arts primitifs. « Je trouve qu’une sculpture a plus de force dans sa présence qu’une toile », dit Jacques

Pentel en se référant à ses personnages sculptés qui, paradoxalement, semblent être absents : ils errent dans le temps et

dans l’espace.Les stèles et totems de Pentel sont loin d’être en décalage avec ses tableaux. Par bien des aspects, les différentes

formes d’art se rencontrent, que ce soit par les tonalités de couleurs, les motifs récurrents que constituent les personnages et

leurs attributs, ou encore les titres des oeuvres qui se font écho. A la verticalité des tableaux se substitue la forme érigée du

totem, symbole du besoin de protection et d’identification ethnique.

 

                                                   
 

 

 

                                  Ci-contre : Fécondité, 161x52. bas relief sur bois 2007

 

 

 

            On peut considérer les oeuvres plastiques de Jacques Pentel comme la mise en volume de ses toiles,

bien que de nombreuses différences les séparent encore. Dans le tableau règnent confusion, désordre, éclatement,

opulence et autres émotions extrêmes. Une stèle, par comparaison, enferme son contenu dans une

forme déterminée, sans que les lignes en sortent. Cela lui confère un caractère sacré. La stèle devient page

d’écriture, où sont privilégiés le recueillement, l’introversion, l’ordre et la sagesse, dans un espace enserré.

Jacques Pentel y discerne plus aisément les valeurs éducatives et morales de l’art primitif.

 

 

    La stèle est associée aux calvaires bretons, auquels l’artiste a pensé lorsqu’il cherchait, près de lui, 

    ce qui s’apparentait à l’art primitif. Ces calvaires  semblent nous protéger et constituent une forme

   d’art populaire   au coeur des villages de Bretagne. On peut encore rapprocher la stèle de la piéta,

  du bas-relief ou encore du triptyque.

 

 

 

                                                                              

                                                                                

 Le totem symbolise l’élément  protecteur de l’ethnie et fait écho aux gardiens dans les tableaux.

 Il consiste en l’expression d’un groupe. Par sa forme érigée, il fait le lien entre ciel et terre et

 rappelle ainsi l’ex-voto, remerciement à la suite d’une grâce accordée. Cependant, l’ex-

 voto n’est pas le totem, puisqu’il est le résultat d’une démarche individuelle. « Pour nous, tout

 cela ne veut plus rien dire », déplore Jacques Pentel. « Ces formes de protection nous

 semblent primitives ». Mais c’est  précisément cet aspect que l’artiste apprécie dans le totem.

 

 

 

 

 

     « Pierres gravèes » h/t,  92x73, 2007.

 

 

 

 

 


 

                                                                                                                                                                 

Calvaire breton (hauteurs variables 1m50 à 2 ml )

                 bas relief sur bois
 

                                                

 

 

Si la sculpture se définit par le cloisonnement, rien d’étonnant à ce qu’elle ait tant attiré Jacques Pentel.

 « J’ai besoin d’enfermer tout dans une forme », dit-il en se rappelant ses premières toiles où une forme géométrique

 définissait systématiquement les contours du tableau. Pentel a préféré la sculpture là où Manessier avait choisi les oeuvres tissées.

 

                                                                                      

 : Le gardien du passage, matériaux mixtes sur bois  130x35.     droite : Le gardien des esprits, matériaux mixtes sur bois  147x17.

 

 

 

 

D’un point de vue technique, les stèles et totems constituent des assemblages de panneaux et de divers matériaux.

L’artiste ne dissimule pas leur valeur expérimentale .Bois, papier, carton, corde, mortier et colle sont rassemblés pour tromper

la matière, en donnant par exemple l’illusion du granit taillé. Il s’agit ainsi davantage d’un collage de formes sur un support, qui se

rapproche d’un art populaire : il faut parler d’assemblage et non de sculpture.

 

 

Conclusion

 

 

 

                      En errance spatio-temporelle constante, les stèles et totems de Jacques Pentel partagent les caractéristiques de son art pictural.

 « Errances » a été le titre d’une exposition de l’artiste : le mot résume parfaitement son oeuvre. Rien n’y est définitivement posé, tout demeure en mouvement.

 Les cités reposent sur le vide, les constructions verticales n’ont pas de fondations et les personnages se définissent par leurs silhouettes. Jacques Pentel

n’a jamais été attiré par la lecture qu’offre la figuration. Il lui préfère un décodage laborieux qui se termine par le hasard d’une découverte, puisque c’est

ainsi que le processus artistique débute.

 

La peinture de Pentel laisse éclater les formes et les couleurs : en cela, elle n’est pas un patchwork de morceaux disparates, mais l’assemblage d’éléments

 homogènes. Tout comme ses stèles et totems, les toiles de l’artiste sont l’association d’une technique complexe, d’un besoin de récit, d’une nostalgie des

traditions, d’un message empreint de valeurs morales… Le tout, réglementé par le hasard qui, décidément, fait bien les choses.

 

 

 

 

                                                           

                    « l'esprit du lagon  », 100x81 , 2005.                                                                      «  fragments d'histoires », 81x65, 2006.

 

 

 

Biographie

 

 

 

             Artiste autodidacte, Jacques Pentel est né à Arras en 1952. Son parcours artistique débute

sur les bancs du lycée, lorsqu’il trace ses premiers traits de crayon en s’inspirant de Dali. Suite à

cette courte période de surréalisme, Jacques Pentel fait son entrée dans la vie active. Dès les années

1980, attiré par la peinture, il découvre le post-cubisme et la « nouvelle école française » de Jean

Le Moal et Jean Chevolleau. La force de leurs couleurs et l’éclatement de leurs formes représentent

pour le jeune artiste une inspiration majeure. Ses premiers tableaux, des paysages de marines inspirés

de la région bretonne, se rapprochent du travail de Marcel Mouly et s’éloignent de la composition

classique. Jacques Pentel fréquente assidûment le studio d’art et d’essai « Noroit » à Arras et

visite le salon de la FIAC à Paris en 1986. Les observations qu’il y fait modifient sa vision de l’art et

participent à son désir d’audace et de nouveauté, pour se démarquer des autres artistes locaux. Sa

palette de couleurs se développe et une exposition au lycée Gambetta, à Arras, confirme son talent.

 

En 1987, ses recherches donnent naissance à un premier changement de style. La peinture de

Jacques Pentel tend davantage vers l’abstrait tout en recherchant des tonalités plus contrastées.

C’est également à cette époque que l’artiste se heurte à un choix, celui de prendre la direction de la

peinture abstraite ou figurative. A la place de cet apparent carrefour à sens unique, Jacques Pentel

distingue deux routes étroitement mêlées qu’il suit aujourd’hui encore. Il considère la peinture comme

un jeu où il fait de la figuration qu’il efface ensuite, pour « rendre la lecture ambiguë » et contraindre

le spectateur à chercher lui-même les formes et le sens du tableau.

 

Dans les années 1990, la participation aux biennales d’Art Présent donne un nouvel essor au travail

de Jacques Pentel. Il effectue des recherches sur de plus grands formats mais ne parvient pas à trouver

 un fil conducteur pour progresser. A cette époque, sa peinture devient plus sombre. Quelques taches

 rouges, bleues ou blanches ponctuent les tons noirs et gris. Les personnages sont traités dans leurs

contours, leurs ombres et déjà, dès 1989, on distingue dans plusieurs toiles des habitants du désert, des nomades d’Afrique.

 

 

        Ce continent et ses mystères font une apparition inopinée dans le travail de Jacques Pentel

qui, hormis le Maroc, n’a jamais voyagé en Afrique et qui, jusqu’alors, puisait ses inspirations dans

sa Bretagne de coeur. La fascination du peintre pour les peuplades et les traditions d’Afrique apporte

de nouvelles couleurs, de nouvelles lignes et de nouveaux thèmes à la peinture de Jacques Pentel,

qui regroupe ses créations dans la série « Ethnocitude ».

 

 

 

 

       

                         le gardien des esprits 162 x114 cm   2010

 

 

 

               retour publication

              

               retour accueil